05 - International

imprimer cet article Convertir au format PDF  Ministérielle de Hong Kong : La fabrique du consensus.


1er janvier 2006 , par La rédaction

« La présente conférence a montré clairement qu’il existait un consensus entre les pays riches et les pays pauvres, entre le Nord et le Sud, entre les grands pays et les petits pays au sujet du fait que la libéralisation du commerce ouvre la voie à la prospérité. » s’est félicité M. Rob Portman, représentant des États-Unis pour le commerce extérieur. Il est vrai que Mr Portman peut être satisfait du résultat, tant la préparation de la Ministérielle de Hongkong laissait présager une débâcle identique à celle de Cancun en 2003.

On sait, depuis quelque temps déjà, « que les pressions, les menaces et les chantages politiques, économiques, voire physiques, sont le lot quotidien de certains ambassadeurs de petits pays à l’OMC ». [1] A Cancun , tandis que des ministres claquaient la portes des négociations, des parlementaires africains exprimaient leur colère dans une déclaration solennelle qui débute ainsi : « Nous, parlementaires africains, dénonçons les manipulations flagrantes qui s’exercent dans les négociations actuelles à l’OMC, le mépris total des pays riches envers les voix des pays africains. Nous sommes écoeurés par le manque de transparence, par les pressions au sein des réunions de "chambre verte" pour faire capituler les ministres et leur faire accepter des termes qui confortent les intérêts du Nord tout en déniant les intérêts vitaux de nos représentants. »

Les Conférences Ministérielles de Seattle et de Cancun ont montré que ces méthodes n’étaient pas toujours suffisantes pour extorquer le fameux consensus cher à l’OMC. Qui ne dit mot consent, c’est sur cet adage que repose le consensus. A Hongkong, tandis que les maîtres chanteurs manoeuvraient dans les "chambres vertes", les maîtres manipulateurs, Pascal Lamy et John Tsang, officiaient du haut de la tribune pour fabriquer le consensus. C’est ce que relate Martin Khor dans un article du 19 décembre, dont voici un résumé.

Comment la Conférence Ministérielle de l’OMC a adopté sa déclaration ministérielle à Hong Kong

Sources : twnside.opg
Martin Khor, 19 décembre 2005
Traductiuon : L. Kalafatides

La sixième Conférence Ministérielle de l’OMC s’est achevée dimanche par l’adoption d’une déclaration ministérielle officielle. Cette déclaration a été entérinée au cours d’une session de clôture dont la chorégraphie avait pour but d’empêcher certaines délégations de prendre la parole ou d’avoir un rôle actif dans la prise de décision. La cérémonie d’ouverture du 13 décembre et la session de clôture du 18 décembre furent les deux seules réunions officielles de ces 5 jours de conférence ministérielle. Le 18 décembre, lors de son point de presse, Pascal Lamy a révélé qu’environ 450 réunions avaient été organisées. Certaines furent des réunions de chefs de délégations, d’autres des sessions plénières sur des sujets divers, d’autres encore des "réunions de chambre verte" où seules quelques pays étaient autorisés à participer. Le porte parole de l’OMC s’est contenté de faire référence aux réunions de "chambre verte" en ces termes : « si les "Green Room existaient, et si c’étaient des réunions... ».

Qui a dit quoi, quels pays étaient présents ? rien n’a filtré et ne sera rendu public. Il n’y a ni minutes, ni enregistrement de ces séances de négociation. Mais au terme de cette Ministérielle, les "élites" de la conférence se sont congratulé pour le processus transparent, « inclusif et de bas en haut. »

La séance de clôture fut un modèle du genre. Rien ne fut laissé au hasard. C’était la seule réunion officielle et tout devait être bien huilé.

Les chaises étaient rangées comme dans un théâtre. Il n’y avait ni tablette pour écrire, ni micro pour s’exprimer publiquement, ni chevalet indiquant le nom et le pays du représentant. Il n’y avait pas non plus de micro dans les allées. Il est difficile d’imaginer une mise en scène plus excluante. Les délégations n’ont pas eu la possibilité de prendre la parole. De plus le Président de séance, John Tsang, ministre du commerce de Hong Kong, ne s’est jamais directement adressé à la salle avant de proclamer " il en a ainsi été décidé" et de taper du marteau après chaque paragraphe de la déclaration.

Ce scénario avait pour fonction d’intimider les participants. A un moment donné, le Président de séance, Tsang a introduit l’un des plus importants sujets de la déclaration ministérielle et annoncé des modifications dans la partie concernant le coton et l’annexe F relative aux pays les moins favorisés. Il a proposé que la déclaration soit adoptée et sans attendre a proclamé « il en a été ainsi décidé » puis confirmé par le coup de marteau, avant que quiconque n’ai pu souffler mot. Par le fait, la déclaration ministérielle fut formellement adoptée.

Par la suite, Tsang a demandé que les réserves sur le texte, exprimées lors de la réunion des chefs de délégation juste avant la cérémonie de clôture, soient également notées. Puis le président tsang à proposé que la Conférence prenne note des rapports transmis par les différents groupes de l’OMC. A ce moment là, Maria Pili Hernandez, Vice Ministre des affaires étrangères du Venezuela, a bondi de son siège et interpellé Tsang. Elle a demandé que les délégations de Cuba et du Venezuela puissent faire valoir leur droit d’exprimer publiquement leurs réserves sur la déclaration ministérielle, dans le cadre de cette réunion plénière. Face à son insistance, le président Tsang s’est résolu à lui laisser la parole. « Nous réitérons les réserves exprimées lors de la réunion des chefs de délégation » a déclaré Madame Hernandez, faisant référence aux désaccords du Venezuela concernant la rédaction des paragraphes sur l’ AGCS et les NAMA de la déclaration ministérielle.

Cet événement, inhabituel pour l’OMC, est devenu le point culminant d’une séance par ailleurs rapidement expédiée. C’est la première fois que des membres font enregistrer des réserves lors d’une session de clôture. Nul ne sait quel est le statut juridique de ces réserves ni s’il en sera tenu compte lors des négociations qui reprendront début 2006.

[1] selon les témoignages des ambassadeurs de l’Ouganda, de Tanzanie, du Kénya, de la République Dominicaine cités dans : Behind the scenes at the WTO. - Fatoumata Jawara et Aileen Kwa - Zed Books 2003