06 - Documentation

imprimer cet article Convertir au format PDF  Peter Mandelson, un blairo-thatchérien à la Commission


3 septembre 2004 , par Agnès Bertrand Laurence Kalafatides
« la globalisation punit sévèrement les pays qui essaient de gérer leurs économies en ignorant les réalités du marché ou d’une gestion prudente des finances publiques. Dans ce sens, et dans le besoin urgent de lever les rigidités et d’incorporer de la flexibilité dans les marchés des capitaux, du travail et des marchandises nous sommes désormais tous thatchériens »
Peter Mandelson,The Times : June 10, 2002 - The Observer Sunday June 16, 2002

C’est un tandem extrêmement atlantiste qui prendra les commandes de la Direction Générale du Commerce Extérieur à la Commission Européenne, le 1° novembre, et conduira, au nom des 25 Etats membres de l’Union, les négociations à l’OMC.
Le nouveau Commissaire, Peter Mandelson, blairo-thatchérien, est surtout connu pour ses mensonges à répétition [1]. Les faits étaient suffisamment graves pour que, par deux fois, il soit contraint de démissionner de ses fonctions de ministre. Pour le seconder dans la lourde tâche qui l’attend, Mandelson vient de nommer au poste de Directeur de cabinet, Simon Fraser. Actuellement directeur du service Moyen-Orient au Ministère des affaires étrangères (Foreign Office), Fraser est un ancien membre du cabinet de Leon Brittan, Commissaire Européen au Commerce Extérieur dans les années 90.

Pour les hommes d’affaires Américains et Européens, l’arrivée de ce duo à la Commission est une excellente nouvelle. Ils pourront, au besoin, les instruire directement sur les stratégies à adopter dans les négociations. Car Peter Mandelson et Simon Fraser sont tous deux membres de la très select Ditchley Foundations.

Ditchley Foundations

Si Simon Fraser n’apparaît qu’en tant que membre du Comité des Programmes, Peter Mandelson siège en revanche depuis plus de dix ans au conseil d’administration, au côté notamment de Leon Brittan. La fondation est actuellement présidée par l’ancien premier ministre britannique John Major,.
Créée en 1958, dans le but de resserrer les liens transatlantiques, « Ditchley conduit aujourd’hui, un programme unique sur les affaires internationales ». Des petits groupes de quarante personnes, hommes d’affaire, politiques, militaires et journalistes, sont conviés environ 15 fois par an dans la somptueuse résidence de Ditchley Park, près d’Oxford. Les négociations de l’OMC figurent évidemment au menu de ce « programme unique ».

Zone AGCS

Ditchley Park est LA zone AGCS par excellence. C’est dans ce manoir du 18° siècle que fut adoptée, en 1979, la stratégie à mener pour inclure les services dans les négociations du GATT. Cette conférence fut présidée par Harry Freeman, haut cadre dirigeant d’American Express et Geza Feketekuty, négociateur américain au commerce. Les participants décidèrent de créer un lobby de services, la Coalition Américaine de Industries de Services ( USCSI ),qui verra le jour en 1982.

19 ans plus tard, en avril 1998, Robert Vastine, président de l’USCSI, organise une nouvelle conférence sur l’AGCS à Ditchley Park. Cette fois il est convenu de préparer la révision de l’AGCS, à travers les négociations « services 2000 » qui doivent débuter en février 2000. La réunion est présidée par Jaime Serra Puche, ancien ministre mexicain au commerce et négociateur en chef de l’ALENA. Puche avait été appelé à la rescousse, en 1993, pour finaliser la rédaction de l’AGCS.
Autour de lui, 42 invités triés sur le volet. Les vétérans Harry Freeman et Geza Feketekuty sont fidèles au poste. Des hommes d’affaires très influents se concertent avec des technocrates européens et américains. Parmi eux, les négociateurs américains Jeff Lang, Joe Papovitch, et Andy Stoler. La Commission Européenne est représentée par Robert Madelin, Fernando Pereau de Penninck.. Figure également sur la liste des invités Florence Dobelle, représentante de la France à l’OMC, les fonctionnaires de l’OMC, David Hartridge, directeur de la division du commerce des services et Jill Courtney, président du groupe de travail sur l’AGCS.
Durant ces trois jours, les conférenciers peaufinent leur stratégie. Il s’agit de mettre en œuvre des « politiques de concurrence »pour libéraliser les marchés nationaux, déterminer le calendrier des négociations « AGCS 2000 », « parvenir à libéraliser à travers une stratégie délibérée de jurisprudences via les panels de l’OMC » et accélérer l’intégration euro-américaine à travers le Partenariat Economique Transatlantique. La conférence accouche d’un nouveau lobby de services, mondial cette fois, il prend pour nom Global Services Network [2].

Peter Mandelson a bien appris la leçon. Durant son court séjour au Ministère du Commerce et de l’industrie ( juillet 98-novembre 98 ) il convie les industriels à l’aider dans la préparation des négociations « AGCS 2000 » [3]. Ses propos sont sans ambiguïté : « les principales barrières au commerce des services résident dans les législations nationales. Les positions de négociation de l’Union Européenne doivent refléter les priorités des hommes d’affaire du Royaume-Uni ».

Quels projets le futur Commissaire Européen au Commerce extérieur emmènera t-il dans ses cartons à Bruxelles ? Quelle couleuvre tentera t-il de nous faire avaler ? Celui qui a autorisé la vente de Wessex Water à Enron ne risque guère d’avoir d’états d’âme sur la liquidation des services publics en Europe. Pour l’OMC et les lobbies d’affaire, à l’heure du bouclage de l’AGCS, Mandelson est l’homme de la circonstance. Pour les populations européennes et les parlementaires, ce n’est certainement pas le moment de la « boucler ».

A.B. - L.K.

[1] 1 voir l’article de la Libre Belgique en téléchargement ci-dessous

[2] voir le site : www.globalservicesnetwork.com

[3] in : « Liberalising trade in services. A consultative document on the « GATS 2000 » négociations in WTO »